En 2026, partir à la retraite avant l’âge légal reste possible mais les règles ont bougé. La suspension de la réforme de 2023, votée dans la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, modifie l’âge de départ de plusieurs générations, tandis que les dispositifs liés à la santé (handicap, incapacité permanente, maladie professionnelle) obéissent à leurs propres conditions.
Voici un guide clair pour savoir si vous pouvez partir plus tôt, et comment sécuriser votre départ.
L’essentiel en 5 points :
- La retraite anticipée reste accessible en 2026 sous conditions : carrière longue, handicap, incapacité permanente ou maladie professionnelle
- La LFSS 2026 (loi du 30 décembre 2025) suspend le relèvement de l’âge légal jusqu’en 2028 : l’âge de 64 ans ne concerne plus les personnes nées en 1968, mais celles nées à partir de 1969.
- Les départs anticipés pour carrière longue sont assouplis pour les générations 1964 à 1968
- Pour le handicap, le décret du 7 mai 2026 maintient les conditions d’accès antérieures (statu quo) pour les assurés nés avant 1973
- Environ 95 % des relevés de carrière comportent au moins une anomalie : un contrôle avant le départ est vivement recommandé.
Retraite anticipée 2026 : ce que change la réforme
Depuis la réforme des retraites du 14 avril 2023, applicable aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2023, l’âge légal de départ est relevé progressivement de 62 à 64 ans, à raison de 3 mois par génération, et la durée d’assurance pour le taux plein est portée à 172 trimestres (43 ans).
Nouveauté 2026 : la LFSS pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) suspend ce calendrier jusqu’en 2028. Concrètement, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, l’âge légal de 64 ans ne s’applique plus aux personnes nées en 1968, mais uniquement à celles nées à partir de 1969. Les générations 1964 à 1968 voient leur âge de départ figé entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois, et certaines bénéficient d’un trimestre de cotisation en moins.
Âges de départ et durées de cotisation requises après la suspension (à compter du 1er septembre 2026)
| Année de naissance | Âge avant la réforme | Âge requis dès le 1er sept. 2026 | Trimestres avant | Trimestres requis |
| 1964 | 63 ans | 62 ans et 9 mois | 171 | 170 |
1965 (janv. à mars) | 63 ans et 3 mois | 62 ans et 9 mois | 172 | 170 |
1965 (avril à déc.) | 63 ans et 3 mois | 63 ans | 172 | 171 |
1966 | 63 ans et 6 mois | 63 ans et 3 mois | 172 | 172 |
1967 | 63 ans et 9 mois | 63 ans et 6 mois | 172 | 172 |
1968 | 64 ans | 63 ans et 9 mois | 172 | 172 |
1969 et après | 64 ans | 64 ans | 172 | 172 |
Source : Service-Public.fr / Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026).
Une fois l’âge atteint, deux situations se présentent :
- Vous réunissez les trimestres nécessaires au taux maximum de 50 % (sans décote) : vous pouvez partir au taux plein, ou poursuivre votre activité pour bénéficier d’une surcote ;
- Vous ne réunissez pas ces conditions : vous pouvez continuer à travailler jusqu’au taux plein (ou jusqu’à l’âge du taux plein automatique, 67 ans pour les personnes nées en 1955 ou après), ou partir avec une décote
Retraite anticipée pour carrière longue : conditions en 2026
Les assurés ayant commencé à travailler tôt peuvent partir avant l’âge légal au titre de la carrière longue, selon quatre bornes d’âge de début d’activité :
- début d’activité avant 16 ans : départ possible dès 58 ans ;
- avant 18 ans : dès 60 ans ;
- avant 20 ans : dès 62 ans ;
- avant 21 ans : dès 63 ans.
Bon à savoir :
Le calcul carrière longue dépend de votre date de naissance, de votre âge de début d’activité et des trimestres réellement cotisés (les périodes de chômage ou de maladie ne comptent pas toutes). Une erreur ou un trimestre manquant sur le relevé peut décaler votre date de départ : c’est l’un des points les plus fréquemment mal repris.
Retraite et handicap : nouvelle loi 2026 et conditions
La retraite anticipée pour travailleur handicapé permet de partir dès 55 ans, à taux plein et sans décote, quel que soit le nombre de trimestres d’assurance. Trois conditions cumulatives doivent être réunies :
- un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 % (ou un handicap de niveau comparable, ou la reconnaissance de travailleur handicapé pour les périodes antérieures au 31 décembre 2015) ;
- un nombre suffisant de trimestres cotisés en situation de handicap (barème dégressif : plus le départ est précoce, plus de trimestres cotisés sont exigés) ;
- la concomitance : chaque trimestre retenu doit avoir été accompli alors que le taux d’incapacité était d’au moins 50 %.
Ce que dit la nouvelle loi en 2026
La réforme de 2023 avait déjà assoupli le dispositif en abaissant de 80 % à 50 % le taux requis pour saisir la commission et en supprimant la condition de trimestres « validés » (seuls comptent désormais les trimestres cotisés). La LFSS 2026 ne modifie pas directement ces règles.
Surtout, le décret du 7 mai 2026 a neutralisé l’effet de la suspension sur ce dispositif : pour les assurés nés avant 1973, la durée d’assurance de référence reste celle d’avant la réforme de 2023. Les générations 1964 et 1965 ne gagnent donc aucun trimestre supplémentaire, le statu quo est maintenu.
Situations reconnues comme équivalentes à un taux d’incapacité de 50 % :
- pension d’invalidité de 2e ou 3e catégorie ;
- dommage corporel justifiant d’un taux d’incapacité de 44 % établi par une décision de justice ou une transaction ;
- allocation compensatrice pour tierce personne ;
- allocation aux adultes handicapés (AAH) ;
- allocation de compensation aux invalides, infirmes aveugles et grands infirmes.
Et si vous ne remplissez pas ces conditions ?
Si votre état de santé ne vous permet plus de travailler sans risque grave, vous pouvez demander une retraite à taux plein pour inaptitude dès 62 ans, quel que soit le nombre de trimestres. L’inaptitude est reconnue automatiquement dans certains cas : pension d’invalidité, AAH, carte d’invalidité d’au moins 80 %, ou taux d’incapacité permanente d’au moins 50 %.
Retraite pour incapacité permanente : décret et conditions
Grâce au dispositif de retraite anticipée, les personnes concernées bénéficient d’un départ à la retraite avant l’âge légal et à taux plein.
En revanche, pour les assurés souhaitant prolonger une activité professionnelle en complément de leur retraite, ce dispositif risque de grever leurs revenus, en entraînant l’application automatique d’un plafond de cumul emploi-retraite.
Pour ceux disposant de revenus substantiels et souhaitant poursuivre leur activité professionnelle, il est donc préférable d’attendre l’âge légal pour faire valoir leurs droits à la retraite.
Réservé aux victimes d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, le dispositif de retraite anticipée pour incapacité permanente est encadré par les décrets issus de la réforme de 2023 (article D. 351-1-10 du Code de la Sécurité sociale). Il ouvre droit à une retraite à taux plein dès 60 ans ou 2 ans avant l’âge légal, quel que soit le nombre de trimestres cotisés.
L’âge de départ dépend du taux d’incapacité permanente (IP) reconnu :
- IP d’au moins 20 % : départ possible dès 60 ans. Le seuil de 20 % peut résulter de l’addition de plusieurs taux, à condition qu’au moins l’un d’eux soit égal à 10 % ;
- IP comprise entre 10 % et 19 % : départ possible deux ans avant l’âge légal, sous réserve de justifier d’une exposition d’au moins 17 ans (68 trimestres) à un ou plusieurs facteurs de risques professionnels, et d’un lien entre cette exposition et l’incapacité.
Conditions communes :
- justifier d’une incapacité permanente résultant d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail ayant entraîné des lésions identiques à celles indemnisées au titre d’une maladie professionnelle ;
- avoir cotisé au régime général, au régime agricole, ou pour les indépendants, avoir adhéré à l’assurance volontaire individuelle AT-MP.
À noter :
Un accident de trajet n’ouvre pas droit à ce dispositif. Depuis la réforme de 2023, les titulaires d’une rente AT-MP doivent être informés de leurs droits à un départ anticipé pour incapacité permanente.
Retraite pour inaptitude au travail : taux plein dès 62 ans
Troisième voie liée à la santé, la retraite pour inaptitude au travail permet de partir à taux plein (50 %), sans décote et quel que soit le nombre de trimestres cotisés, dès 62 ans.
Point important : ce dispositif n’est pas concerné par le relèvement de l’âge légal vers 64 ans (l’âge de départ reste fixé à 62 ans), y compris après la suspension de la réforme.
L’inaptitude est reconnue lorsque votre état de santé ne vous permet plus de poursuivre votre activité sans nuire gravement à votre santé, avec une incapacité de travail médicalement constatée d’au moins 50 %. C’est le médecin-conseil de votre caisse de retraite qui statue (ni le médecin traitant, ni le médecin du travail, dont les avis ne suffisent pas à eux seuls à ouvrir le droit).
Dans certaines situations, l’inaptitude est reconnue d’office, sans examen médical (présomption d’inaptitude). C’est le cas si vous êtes :
- titulaire d’une pension d’invalidité ;
- bénéficiaire, actuel ou ancien, de l’allocation aux adultes handicapés (AAH), quel que soit votre taux d’incapacité ;
- titulaire d’une carte d’invalidité (ou carte mobilité inclusion mention « invalidité ») d’au moins 80 % ;
- reconnu avec un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 % par la CDAPH.
Pension d’invalidité : la bascule à 62 ans
Si vous percevez une pension d’invalidité, celle-ci est automatiquement remplacée par une retraite pour inaptitude à 62 ans, calculée au taux plein.
La bascule est automatique, mais une demande de retraite reste à formuler auprès de votre caisse, idéalement 4 à 6 mois avant vos 62 ans.
Retraite pour maladie professionnelle : nouvelle réforme 2026
Lorsque l’incapacité permanente découle d’une maladie professionnelle, les règles sont plus souples que pour un accident du travail : il n’est pas nécessaire de démontrer une « identité de lésions ». Pour un taux d’IP compris entre 10 % et 20 % d’origine professionnelle, cette preuve n’est d’ailleurs plus exigée depuis la réforme de 2023.
La demande passe par une commission « Incapacité permanente », qui vérifie la durée d’exposition aux risques et le lien avec l’incapacité. Deux précisions utiles :
- la commission n’est pas saisie lorsque l’incapacité résulte d’une maladie professionnelle et que l’assuré justifie de 68 trimestres (17 ans) de cotisations ;
- les salariés exposés à la pénibilité accumulent des points sur leur Compte professionnel de prévention (C2P) : chaque tranche de 10 points valide 1 trimestre (8 trimestres maximum), utilisables pour partir jusqu’à 2 ans avant l’âge légal.
Sont prises en compte les contraintes physiques (manutention de charges, postures pénibles), celles liées au rythme de travail (travail de nuit, travail répétitif) et les environnements agressifs (bruit, agents chimiques).
Avantages et inconvénients de la retraite anticipée
Avantages :
- partir avant l’âge légal, dès 55, 58, 60 ou 62 ans selon votre situation ;
- bénéficier d’une pension à taux plein (sans décote) dans la plupart des dispositifs santé ;
- pour le handicap et l’incapacité permanente, une majoration peut compenser une carrière incomplète.
Inconvénients et points de vigilance :
- un départ anticipé peut entraîner l’application d’un plafond de cumul emploi-retraite si vous souhaitez poursuivre une activité ;
- pour des revenus substantiels avec poursuite d’activité, attendre l’âge légal peut s’avérer plus avantageux ;
- le cumul emploi-retraite est par ailleurs entièrement restructuré à compter du 1er janvier 2027 (LFSS 2026) : un arbitrage à intégrer dans toute stratégie de départ.
Comment demander une retraite anticipée ?
Les démarches varient selon le dispositif, mais suivent une logique commune :
- Demandez à votre dernière caisse d’affiliation l’attestation correspondant à votre situation (attestation de carrière longue, attestation de départ anticipé des assurés handicapés délivrée par la Carsat, etc.). Comptez environ 6 mois avant la date de départ souhaitée.
- Vérifiez votre relevé de carrière : trimestres cotisés, périodes de handicap, droits issus d’anciens régimes. C’est l’étape déterminante.
- Déposez votre demande de retraite 5 mois avant la date de départ, idéalement via la demande unique en ligne couvrant l’ensemble de votre carrière.
- Pour la carrière longue, remplissez et renvoyez le formulaire « Demande unique de retraite anticipée de base pour Carrière Longue » dans les 3 mois suivant sa réception, afin de conserver la date de départ indiquée.
Pourquoi se faire accompagner par un expert ?
Parce qu’un calcul juste vaut mieux qu’un calcul rapide. Les outils 100 % en ligne donnent une estimation à partir des données déjà enregistrées par les caisses. Or, environ 95 % des relevés de carrière comportent au moins une anomalie : trimestres oubliés, périodes mal reprises lors de la fusion d’anciens régimes, droits liés au handicap non pris en compte. Un simulateur reproduit ces erreurs ; il ne les corrige pas.
L’accompagnement Neovia répond précisément à ce que les dispositifs de retraite anticipée exigent : de la précision, du cas par cas et des démarches sécurisées.
- Audit du relevé de carrière : nos experts analysent chaque période pour repérer et faire corriger les anomalies avant qu’elles ne réduisent vos droits.
- Étude des dispositifs adaptés : carrière longue, handicap, incapacité permanente, rachat de trimestres, cumul emploi-retraite… nous identifions le scénario le plus avantageux pour votre situation.
- Prise en charge des démarches : nous réalisons pour vous les échanges avec vos caisses et le montage du dossier, jusqu’à la liquidation.
- Expertise des carrières atypiques : dirigeants, professions libérales, médicales et juridiques, parcours multi-régimes ou internationaux autant de profils où l’humain fait la différence sur le résultat.
Chaque année, Neovia réalise plus de 2 000 accompagnements. L’échange avec un consultant est gratuit et sans engagement : vous repartez avec une vision claire de vos droits, sans risque ni obligation.
À retenir
En 2026, la retraite anticipée reste possible sous conditions, malgré la suspension de la réforme de 2023.
Quatre grandes voies existent en plus de la carrière longue :
– le handicap (dès 55 ans, taux ≥ 50 %),
– l’incapacité permanente (dès 60 ans, IP ≥ 20 %)
– l’inaptitude
– la maladie professionnelle.
Vérifier son relevé de carrière avant de partir est le meilleur moyen de ne pas perdre de droits et c’est précisément le cœur du métier de Neovia.